Jean Calvin est né à Noyon. Son père, Gustave Cauvin, faisait carrière comme agent fiscal, puis secrétaire de l'évêque, puis procureur du chapitre fiscal de la cathédrale. Il fut excommunié après avoir été en conflit ouvert avec le chapitre de Noyon, auquel il refusa de rendre des comptes relatifs aux successions de trois chapelains. Il mourut sans avoir été reconcilié avec l'Église. Jean Cauvin avait un frère ainé, Charles, qui devint prêtre et curé, lui aussi eut des démêlés avec le chapitre de Noyon, et lui aussi mourut sans les sacrements de l'Eglise. C'est dans cet atmosphère cléricale que le jeune Jean grandit. Mais cela lui donna la chance de faire de brillantes études à Paris, Orléans et Bourges où il apprend le latin et le grec et s'adonne à l'hébreu. C'est l'époque où les humanistes tiennent en France le haut du pavé. Erasme, Lefèvre d'Etaples, Guillaume Briçonnet, Guillaume Farel vont bientôt former un premier groupe, les bibliens qui, sous l'impulsion des écrits de Luther qui commencent à être connus en France, vont chercher un retour au pur évangile ; entendons par là le retour à une foi qui ne se nourrit que de la Parole de Dieu et rejette toutes les pratiques des « papistes » : les rites, les prières et les sacrements de l'Église catholique. Toute sa vie Calvin va s'appliquer à l'étude de l'Écriture Sainte. Son oeuvre littéraire principale, Christianae religionis Institutio, publiée une première fois en 1536 (Institution de la religion chrétienne, 1ère édition française en 1541), connaîtra un très grand succès. La dernière édition de 1559 (en latin) et 1560 (en français) offre avec ses 80 chapitres un vrai manuel de théologie, sur Dieu, sur la connaissance que l'homme peut en avoir et sur le développement de l'histoire du salut. A cette époque, l'œuvre suprit par sa très grande érudition biblique. Obligé de quitter la Fance en raison des persécutions qui se dessinent contre les Réformés, Calvin accepte finalement l'appel de Genève à devenir son prédicateur principal. C'est dans cette ville qu'il déploiera toute son activité ministérielle, ville qu'il amena à être une « ville sainte ». Trois éléments essentiels forment la structure de la pastorale de Calvin : l'étude de la Bible qu'il ne cessa que quelques jours avant sa mort, la doctrine de la prédestination et la discipline des mœurs, qu'il lia à la participation à la Cène. Après sa mort, selon les biographes, on en fit un saint ou un monstre ! Certes, sa vie fortement ascétique, toute livrée à ce qu'il appelle sa vocation, reste édifiante ; mais il ne fut pas le monstre que ses contempteurs se sont plus à décrire.
Marianne Carbonnier-Buckard, historienne et maître de conférences à l'Institut protestant de théologie à Paris, présente dans cette biographie du Pasteur de Genève un portrait réaliste de Jean Calvin. Elle nous permet, grâce à son style alerte et clair, de le connaître un peu mieux que si nous restions livrés à nos préjugés.
Le Père Timothy Radcliffe est connu ; ancien Maître de l'Ordre des Dominicains (1992-2001), professeur d'Écriture Sainte à l'Université d'Oxford, il a publié un certain nombre d'ouvrages traduits en français, dont le plus célèbre reste Je vous appelle amis, (coédition Cerf – La Croix, 2000). Pourquoi aller à l'Eglise ? a été écrit à la demande de l'Archevêque de Cantorbery pour devenir « le livre de l'archevêque pour le Carême » (2008). Mais si Timothy Radcliffe accepta la demande du primat de la Communion anglicane, c'est parce qu'il portait déjà en lui ce livre, et qu'il avait le désir de l'enfanter.
En effet, pourquoi aller à l'église ? Pourquoi sortir le dimanche, alors qu'on pourrait très bien rester chez-soi, à prier Dieu au fond de son cœur où à s'unir à toute la famille chrétienne invisible par le truchement de la télévision ? Nous allons à l'église, écrit le Père Radcliffe, pour former un « Nous » chrétiens. Nous y allons pour demander ensemble le pardon de nos péchés, pour écouter ensemble le don de la foi, pour répondre ensemble le « me voici ». Nous y allons pour redire, avec ceux que nous côtoyons, le Credo de la foi ; et nous préparer dans l'Espérance à recevoir les dons du Seigneur. Nous y allons pour louer la Trinité Sainte, entrer dans son mystère, offrir le Corps et le Sang de notre Sauveur, partager son amour en mangeant son Corps et en buvant son sang. Et finalement, nous y allons pour témoigner de notre liberté profonde avant d'être envoyés en mission.
Il s'agit là d'un commentaire des diverses parties de la messe dominicale. Timothy Radcliffe part de la structure classique que lui offrent les diverses parties de l'Office du dimanche. Mais chaque partie commentée n'est pas un long cours ennuyeux de liturgie. Chaque moment important de cette assemblée dominicale qui se constitue, est présenté de la façon originale dont l'auteur sait faire preuve. On y trouve l'abondance de sa culture, sa vaste expérience de l'humanité, ses histoires toutes simples des gens ordinaires de l'Equateur ou du Zimbabwe, son sens de la poésie et surtout son attachement indéfectible à la personne humaine. Les aphorismes, les anecdotes, les historiettes, les souvenirs de lecture jaillissent spontanément sous sa plume et s'accrochent, comme ils le peuvent, à la parole biblique ou évangélique. On ne se perd pas ! Mais on est quelque peu secoué et l'on s'attache à cette parole vivante qui vibre d'amitié. C'est une vaste expérience d'ouverture de l'intelligence et d'accueil du cœur. Quel accueil la Communion anglicane a-t-elle fait à cette œuvre catholique, présentée par un maître dans l'art de séduire son public pour l'amener tout doucement à goûter la saveur d'une vérité ? Nous ne le savons pas. Mais cela ne nous empêche pas de savourer ce dernier « Timothy Radcliffe ».
a loi naturelle, voilà une expression qui fait souvent grincer des dents à plus d'un théologien. L'expression est souvent synonyme d'un retour à une sorte de physicisme, à une évocation d'une supposée « nature » de l'homme dont, semble-t-il, les progrès de la science et les philosophies du sujet, principalement la phénoménologie, nous auraient affranchis. De plus l'expression, considérée comme dépassée, semble revenir dans les documents du Magistère. Humane Vitae a fondé ses arguments en évoquant principalement les principes de la loi naturelle, pour rejeter toute forme de contraception comme contraire au vouloir de Dieu sur l'amour conjugal. Mais Humane Vitae n'est pas le seul document du Vatican qui fait appel à la loi naturelle : Fides et Ratio l'évoque, Evangelium Vitae en rappelle la nécessité et surtout Veritatis Splendor la remet à l'honneur.
La Commission Théologique Internationale s'est penchée sur la question et veut nous offrir une présentation renouvelée de ce qui semble être un concept très ancien. Certes, elle commence par une présentation « historique » : la loi naturelle n'est pas un concept de la théologie médiéval. Elle est au fond de la quête de toute humanité qui cherche la sagesse, guide du comportement des hommes. On la retrouve aussi bien dans le dharma hindoue, dans le taoïsme chinois de Lao-Tseu, que dans les vieilles traditions africaines, dans l'Islam et dans la Déclaration des droits de l'homme. Pour la civilisation hellénistique, elle est un Logos qui dirige les actes humains. C'est à ce titre qu'elle se retrouve comme l'un des principes fondamentaux de la Théologie morale. À cette étape de la présentation de la loi naturelle, le document de la CTI prend deux positions importantes. D'une part, il détache les principes de la loi naturelle de l'énoncé purement abstrait et théorique des normes qui s'appliqueraient comme des structures univoques aux comportements humains. Autrement dit, le document prend une distance remarquable avec le moralisme volontariste de Guillaume d'Ockam. C'est un grand bien ! D'autre part, il détache l'application de la loi naturelle d'une conception purement individualiste de la conscience morale, en montrant l'ordre profond de la loi naturelle au Bien commun de la Cité. Ce qui lui permet d'élargir le champ d'application de la loi morale à tous les problèmes humains et politiques qui nécessitent que l'homme réfléchisse à son destin, à sa responsabilité devant la nature (écologie), à sa place dans la Cité. De ce logos naturel à l'homme, l'esprit humain ne peut se dispenser s'il doit trouver un fondement objectif au Droit positif qui règle les rapports de justice entre les personnes. La dernière partie de cette présentation de la loi naturelle, le chapitre V, rattache le logos humain à la lumière véritable du Logos divin. Le Christ a « porté la pratique de la Loi à sa perfection en assumant par amour les différents types de préceptes — moraux, culturels et judiciaires — de la Loi mosaïque, qui correspondaient aux trois fonctions de prophète, de prêtre et de roi » (n°107).
En conclusion de sa présentation, le Père Bonino se pose la question : « En quoi ce document nous apporte-t-il quelque chose de nouveau ? ». Il y répond :
Le 11 octobre 2009, Benoît XVI canonisera Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres. Éloi Leclerc présente dans un court volume l'essentiel de la vie de cette fille de Cancale, port de pêche sur la Manche à l'ouest de la Baie du Mont Saint Michel. C'est là qu'elle naquit en 1792, en pleine période révolutionnaire, marquée par la Terreur. Très tôt dans sa vie, elle saisit au fond de son âme qu'elle est choisie de Dieu pour une oeuvre dont elle ignore encore ce qu'elle sera. Mais elle s'y prépare dans la chasteté, l'humilité et le service. Puis, peu à peu, l'oeuvre se dessine. Alors qu'elle est déjà âgée de quarante sept ans, au début de l'hiver 1839, Jeanne découvre la détresse d'une vieille femme aveugle et infirme laissée à elle-même. Elle décide, avec l'accord des deux compagnes avec qui elle vit, d'accueillir chez elle la pauvre femme. Elle lui offre son lit et monte au grenier. Mais ce premier geste en amène une suite d'autres. Une deuxième pauvresse est accueillie, puis une autre, puis on déborde de charité. On loue une première maison qui s'avère vite insuffisante. Et les demandes de fondation vont affluer de partout. Jeanne va fonder une première communauté à laquelle elle donne une règle inspirée des Frères de Saint Jean de Dieu. Elle en est élue la supérieure, mais elle ne le restera pas longtemps. A la deuxième élection, l'abbé Le Pailleur, vicaire de la paroisse de Jeanne, sur lequel elle s'était appuyée en premier, s'immisce dans les affaires internes de la communauté naissante et choisit lui-même la supérieure. Jeanne se verra littéralement dépouillée de son oeuvre. Plus tard elle dira à l'abbé Le Pailleur « Vous m'avez volé mon oeuvre, mais je vous la donne ». Ce pauvre abbé voulait tellement être, lui, le fondateur ! Jeanne n'a plus agi comme supérieure, mais son influence a agi sur toute la première communauté et continue de protéger les Petites Soeurs des Pauvres, d'assurer leur fécondité spirituelle et caritative. Elle sera portée sur les autels en octobre prochain et l'Église entière louera le Seigneur d'avoir donné cette femme à ceux qui ont besoin du témoignage de sa tendresse !
Magnifique quant au texte, magnifique quant aux photos qui illustrent le texte, magnifique quant à la présentation ! Voilà un livre parfaitement réussi en tous points. Que nous dit-il ? Non pas l'histoire de l'Abbaye elle-même, mais l'histoire qui s'est déroulée à l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Fondée par Geoffroy de Sablé qui acquit de son suzerain Hugues III, comte du Maine, la villa et l'Eglise de Solesmes afin d'y établir une communauté monastique pour le salut de son âme, l'église de Solesmes reçut sa dédicace de l'acte de l'evêque du Mans, Avesgaud, entre 1006 et 1015. Geoffroy profita de cette solennelle cérémonie pour faire ratifier l'acte de sa donation. A cette charte on donna la date commode de 1010. Ce qui signifie que depuis 1000 ans, il y a à Solesmes, de droit, une communauté monastique de moines bénédictins qui offrent à Dieu la louange des heures et de l'Eucharistie, qui cherchent la perfection de la vie chrétienne dans la voie de la contemplation du Seigneur, qui ponctuent les heures d'étude et de prière par le travail de leurs mains ou de leur plume. Le Père Abbé dans sa préface écrit : « Il est relativement facile de relater les événements de l'histoire du monastère de Solesmes, mais qui dira l'invisible, le plus important en réalité, la vie intime, le dialogue spirituel de tous les moines qui se sont succédés ici après s'être donnés entièrement donnés au Seigneur au jour de leur profession ? ». On sent, au travers des lignes écrites par Dom Barbeau, que raconter l'histoire de ce qui s'est passé à l'Abbaye de Solesmes, c'est avant tout témoigner d'un héritage. Certes, il y eut les grands noms qui jalonnent cette histoire. Il y eut d'abord Angelbauld, l'Abbé de La Couture qui envoya ces premiers moines fonder ce prieuré sis au bord de la Sarthe. Il y eut les grands Abbés de l'Ordre Cluny dont Solesmes, par l'Abbaye de La Couture, est un Prieuré. Il y eut aussi les Seigneurs de Sablé qui firent don au Prieuré du dixième de l'impôt de Sablé. Le premier Solesmes eut son heure de gloire, avec ceux que l'on appelle les « Grands Prieurs de Solesmes », dont le plus connu est Jean Bougler (1505-1556), qui gouverna le Prieuré pendant un demi siècle et contribua à le relever de ses ruines où l'avait laissé la guerre de Cent Ans. Et tout doucement le prieuré de Solesmes fait son chemin dans l'histoire. Après avoir traversé, sans trop de mal, l'époque désolante des Abbés commendataires et des Prieurs titulaires, le Prieuré voit arriver les moines de la Congrégation de Saint Maur, qui non seulement relèvent le monastère ruiné par son dernier Prieur titulaire, mais rétablissent la vie monastique. La Révolution vint clore une période. Mais Solesmes ne fut pas pourtant un amas de ruine sans âme. Le vieux Prieuré servit de cachette aux prêtres réfractaires. Un nouvel hommage au Seigneur, enchâssé dans le sang offert.
En Mars 1791 les derniers mauristes quittent Solesmes ; le 11 juillet 1833, un groupe de jeunes prêtres s'installe au Prieuré pour y reprendre la vie monastique. Le zèle de Dom Guéranger les anime et leur permettra de traverser toutes les épreuves de cette nouvelle semence de la vie bénédictine, selon la règle de saint Benoît. Et l'histoire se continue avec les grands de Solesmes, Dom Pitra, Dom Couturier, Dom Cozien, Dom Delatte, Dom Mocquereau, Dom Gajar, mais aussi avec les petits et les humbles, qu'illustre bien le Frère Michel Brichet.
Dom Barbeau nous a donc donné cette histoire vivante et passionnante de ce qui s'est passé à l'Abbaye de Solesmes depuis sa fondation en 1010 par Geoffroy de Sablé. Son style purifié et clair laisse toute la place à la vie monastique qui se déroule sous nos yeux. Avec un art consommé, il a su retrouver les grands moments de cette longue vie. Il nous en fait part avec un amour pudique et un vrai talent d'historien. Ajoutons qu'il faut aussi louer le moine dont les photos splendides illustrent bien le récit de l'auteur. Elles sont très belles et nous permettent de sentir, à travers les pierres, une vibration d'amour qui s'élève vers le Seigneur.
Voilà l'oeuvre d'un sage ! Jean Vanier est, comme on le sait, avec Marie-Hélène Matthieu le fondeur de l'Arche. Après avoir servi dans la Marine canadienne, il fait des études de philosophie et obtient son doctorat à l'Université d'Ottawa. Mais son coeur est avec ceux qui souffrent. Avec Marie-Hélène il fondera cette première communauté de l'Arche à Trosly-Breuil. Le livre qu'il présente est écrit depuis vingt-cinq ans. Ce qui s'y ajoute, c'est ce que l'expérience de chaque jour lui enseigne. Depuis quarante-cinq ans il vit auprès de ceux qui sont malades dans leur cerveau, ceux que l'on appelle les « handicapés mentaux », mais qu'à l'Arche on nomme les « amis ». Ce livre n'est pas une narration de la vie quotidienne. Jean Vanier est un philosophe. On sent qu'il a le métier de transmettre les idées. Il est aussi psychologue. On sent aussi qu'il connaît les grandes lignes des découvertes de la psychologie dynamique. Mais quelle différence entre ce qu'il écrit et les traités de psychologie et d'anthropologie ! Jean Vanier a une profonde connaissance de la personne humaine, une connaissance concrète, une connaissance forgée, au long des jours, au contact de celui qui est blessé par la vie. Cela se remarque très bien lorsqu'il traite des rapports de l'enfant et de sa mère, du rôle du père, de la vérité de la femme et de l'homme. Quant Jean Vanier aborde les difficultés de la sexualité, de la masturbation aux déviances les plus graves comme la pédophilie, il ne le fait pas en théoricien qui pontifie, mais en homme fraternel qui sait déceler, au travers des actes les plus graves, l'atroce souffrance de l'angoisse qui brouille toute connaissance et toute maîtrise de soi. Les pages qu'il nous donne sur la nécessité de la « maison », sur l'indispensable « chez-soi » pour équilibrer la personne, valent tous les traités de sociologie. Ses réflexions sur le mariage, sur l'amour conjugal, sur la sexualité du couple, prises dans la grande théologie du corps donné par Jean Paul II, sont pénétrées de sagesse et montrent que ce vécu conjugal n'est pas un paradis rêvé, mais un amour construit dans la grâce du sacrement de mariage. Ses réflexions sur la « normalisation » et sur l'égalité sont aujourd'hui d'une actualité brûlante. Jean Vanier ne craint pas de se dresser contre ceux qui, sous prétexte d'égalité, voudraient qu'on méprise les différences que créent soit la nature, soit la culture, soit la blessure, pour ouvrir la possibilité de l'accouplement génital à toute personne, quelles que soient ses difficultés à en assumer les responsabilités. Véritable défi pour les foyers de l'Arche, que leur propres valeurs empêchent de répondre aux normes gouvernementales qui exigent que les personnes handicapées mentale puissent avoir droit à la même « sexualité » que tous et chacun ! Mais leur demandera-t-on de répondre aux mêmes responsabilités ? Bref, un livre simple, rempli de sagesse, qu'il est bon de lire non seulement pour comprendre les autres, mais pour se comprendre soi-même.
Il est né, on ne sait où, d'une famille au service de Monsieur le Comte. Il a subi l'humiliation qu'infligeaient les aristocrates envers leur personnel de service. Il a été placé de force à l'école communale, puis transféré dans une institution catholique. Une première rencontre d'amour : Frère Jean. Puis on le retrouve dans sa famille. Que vient-il y faire ? Il ne le sait pas. Ses parents l'aiment-ils ? Il ne le sait pas. Un jour, il s'en va, vers la forêt qui l'attire, il couche où il peut, mange ce qu'il peut, vole ce qui lui est absolument nécessaire pour vivre. Mais il tombe malade, le garde forestier qui passait par là le voit. Ça lui sauve la vie. Emmené aux urgences dans un état comateux, il est soigné, il revit. Mais où aller ? Il ira vivre chez Monsieur Baptiste pour un temps. Mais il partira, comme il partira de tous les endroits où pour un temps il a trouvé un gîte, un petit travail. Il vole mais peut-il faire autrement ! Sa misère, il la traîne, sans rien maudire. Un jour il rencontrera le Mouvement Quart-Monde. Il commencera à naître, à revivre, à s'occuper des plus misérables. Lui pourtant, que la vie a rendu si pauvre, si petit, si délaissé, finira par devenir le porte-parole de déshérités encore plus misérables que lui. L'aumônerie de Saint-Ouen lui donne Jésus-Christ, l'ATD de Geneviève De Gaulle, la dignité. Ce petit livre est un hymne à la vie.
Voilà un livre que tout chrétien devrait avoir en main. L'étude sérieuse, documentée, scientifique et théologique à laquelle nos évêques se sont astreints permet d'avoir, à portée de main, des réponses aux questions que soulève le débat public en cours sur les questions de bioéthique. Le livre s'ouvre sur une déclaration de principe concernant la dignité de la personne humaine. Cette déclaration servira de référence aux réponses qui seront données sur les problèmes concrets. Tour à tour seront abordées les questions relatives aux recherches sur l'embryon humain, principalement la question des cellules souches, aux greffes d'organes. En deuxième partie sont étudiés les fondements nécessaires permettant de respecter la personne humaine : l'indisponibilité du corps humain, le respect des droits de l'enfant, le droit à la connaissance de ses origines. Deux chapitres sont consacrés à l'étude de la GPA (Grossesse pour autrui, soit les mères porteuses), où l'on met bien en évidence les souffrances de l'enfant, méprisé dans son droit à la filiation, et son inévitable abandon quasiment dès l'utérus qui le porte. En annexe, on trouve une étude sur les pratiques de la GPA dans le monde, principalement aux USA. Le livre se termine par une réflexion sur les techniques de la médecine préventive.
Ce petit livre de 149 pages est peut être lu par tous. Ses qualités techniques, scientifiques et théologiques sont mises à la portée de toute personne en raison d'un style simple, d'une présentation pédagogique soignée, et d'un résumé qui en fin de chaque chapitre permet de retrouver très rapidement les idées essentielles.
Monique Killmayer est pédiatre. Mais c'est un pédiatre passionnée non seulement par son métier, mais par toutes les questions philosophiques et théologiques qui touchent à l'enfant, surtout à l'enfant au tout début de sa vie : son existence dans le sein maternel, sa naissance, les déficiences de sa santé, un éventuel handical, une mort néo-natale. Monique Killmayer explique comment vivre ces étapes et ces difficultés et même ces problèmes. Comment associer les parents à toutes les étapes de l'entrée dans la vie de cet être si fragile qu'est l'enfant ? Comment dialoguer avec eux quand l'accouchement révèle un handicap que n'auraient pas prévu les examens antérieurs ? C'est avec l'expérience d'un médecin attentif à la vie, ayant l'expérience personnelle de la souffrance des parents auxquels on annonce l'existence d'un handicap chez l'enfant conçu, qu'elle montre que les nouvelles techniques ne sont plus ce qu'elles devraient être : un diagnostic en vue d'un traitement, mais un dépistage en vue de la mort. On retrouvera aussi la valeur de cette expérience lorsqu'elle nous fait entrer dans les couloirs des victoires et des échecs en néonatalogie. Que de victoires sur la mort des enfants prématurés et nés avec de sérieuses difficultés vitales les nouvelles découvertes ont permis d'obtenir. Mais, en même temps, que d'ombres cachent ces services, quand on refuse un enfant malade ?
Le petit livre du Dr Killmayer est passionnant à lire. Il échappe au genre de l'exposé scientifique de ceux qui parlent sans avoir vu. Il a la saveur de la narration d'une expérience vivante et combien amoureuse de la vie et de l'enfant.
La présentation du Père Georg Sporschill nous fera sourire. « Durant de nombreuses années, le Cardinal Martini a été considéré comme papabile, autrement dit comme candidat pour la succession du pape. Le fait qu'il souffre de la maladie de Parkinson peut avoir été un obstacle à son élection. Les médias italiens tentent souvent d'opposer l'audacieux cardinal au pape actuel, le présentant comme une sorte d' « antipape » au franc-parler. Cela fait sourir le cardinal. « On pourrait à la rigueur m'appeler "ante-pape", dit-il, c'est-à-dire celui qui précède et prépare le Saint-Père ». On comprend alors pourquoi le pape Benoit XVI l'a prié de présenter son livre Jésus de Nazareth au public parisien. Qu'a donc à dire cet « ante-pape » aux jeunes ?
Quelle personnalité fut Charles Maurras ! Pour certains le Maître est une idole, pour d'autres c'est la personnalité la plus haineuse, la plus violente qu'a connue le XIXème siècle. Au moment de la condamnation de l'Action française en 1926, ceux qui avaient loué Maurras pour la beauté de son oeuvre et qui avaient vu en lui un penseur qui, même s'il n'était pas chrétien, ravivait leur foi chrétienne, en ont souvent été les détracteurs les plus injustes. Ils l'ont accusé d'athéisme, d'agnosticisme, d'antichristianisme, d'amoralisme individuel et social. Stéphane Giocanti, bibliographe de talent, auteur d'une bibliographie de T. S. Elliot (2002) primée par l'Académie française, revient vers ses premières amours. Il avait consacré sa thèse à une étude approfondie de la pensée de Maurras. Il nous livre maintenant une oeuvre maîtresse sur la personnalité d'un homme dont l'influence est loin d'être éteinte.
L'oeuvre de Giocanti est impartiale. Mais l'objectivité ne l'oblige pas à une présentation froide de la vie de cet homme. L'admiration personnelle transpire au travers de lignes admirablement écrites qui en rendent la lecture attachante. Giocanti s'attache beaucoup plus à présenter l'homme qu'à défendre l'oeuvre politique. Pour lui Maurras restera toujours cet homme génialement intelligent, grand poète, disciple de Mistral, compagnon du Félibrige (association d'auteurs qui défendent l'usage de la langue d'Oc) ; un écrivain à qui les oeuvres poétiques très nombreuses valurent l'admiration et même l'amitié des grands littéraires de son époque ; un pur écrivain, dont la beauté attique des vers émeut l'âme classique, un homme qui médite longuement devant l'Acropole et le Temple de la Vierge, avant d'oser y monter le septième jour de son voyage à Athènes, et qui en embrasse les colonnes « comme des femmes ».
Au travers de la description de l'oeuvre politique, dont le nationalisme trouve son premier fondement dans la défense du Félibrige et dans l'amour de la Grèce, l'auteur nous décrit essentiellement la montée de l'activité politique de Maurras dans sa carrière de journaliste à laquelle le journal L'Action française vient donner structure. Maurras, avec ses amis en sera l'âme et la vie. Les lecteurs de L'Action française, amis ou ennemis, liront chaque matin, la pensée du maitre, de l'adversaire ou du contempteur, se réjouiront ou grinceront des dents. Maurras écrit dans le style de son époque en polémiste ardent et doué, dont la plume est une épée aiguisée qui se plante souvent, sans merci, dans le coeur de l'adversaire, surtout si ce dernier est républicain. Giocanti nous fait découvrir sa passion : la France dans toute sa culture, et aussi ses haines : le protestantisme, le judaïsme, la franc-maçonnerie. Pour Maurras ce sont ces trois contre-cultures qui ont engendré la République et la démocratie. La fibre royaliste devient à ses yeux le seul lien qui puisse réparer le tissus de la France trompée par ses « «ennemis ». La première guerre mondiale donnera à Maurras la possibilité et la puissance de faire de la droite anti-républicaine, un véritable parti ayant une pensée et un corps de doctrine. Mais la deuxième guerre causera sa perte. Emporté par sa passion, coupé de la vrai réalité, enfermé dans le régime de Vichy, il perdra le sens du réel politique, de la nouveauté des sociétés qui vont naître après le conflit. Ennemi de la Résistance, il deviendra ennemi de celui qui gouvernera la France. Cela lui valut le procès politique qui le condamna.
Reste l'énigme, ou le mystère, de Maurras : son ultime conversion, obtenue grâce à l'offrande personnelle d'une carmélite de Lisieux et les entretiens qu'il eut avec le Chanoine Cormier. Sur ce dernier point Giocanti reste muet, tout en laissant clairement percevoir l'ultime grâce obtenue pour celui que beaucoup ont aimé et qui les a marqués.
Giocanti a donné un livre passionnant, plein d'inédits, qui fait voir sans parti pris les grandeurs et les faiblesses de Charles Maurras, et qui explique aussi le chaos et l'ordre du mouvement auquel il a donné le jour.
Anthropologie du mariage et de la filiation Sous la direction de Tony Anatrella, avec la collaboration de Sami Alane, Vincent Aucante, Jean-Baptiste Édart, Alain Mattheeuws, Bernard du Puy-Montbrun, Franklin Rausky, Michel Rouche.
Aux Editions Cujas, 240 p., 25є
L'ouvrage est centré sur la question homosexuelle, et même plus particulièrement sur la revendication du « mariage homosexuel » et la demande qui s'ensuit : l'adoption d'enfants. On ne peut manquer de voir la place que prend, dans ce volume, la pensée de Tony Anatrella. Dans un long article, Mgr Anatrella étudie le contexte social qui explique ces réclamations exigeantes et même agressives de la part de certains groupes de pression, au « droit au mariage homosexuel » et au « droit à l'adoption ». De cette étude, on retiendra plus particulièrement l'une des analyses pertinentes de l'auteur : l'orientation de la loi, qui désormais s'articule sur la satisfaction du désir et non plus sur le droit. Il s'ensuit une déconstruction de la société, une déstabilisation des cultures, une exaltation des différences et une apogée des mentalités victimaires. Dans une telle symbiose, la société se trouve prise en otage et se croit obligée de céder au désir. Puis, s'appuyant sur Freud, Anatrella étudie la personnalité homosexuelle pour bien montrer que, loin d'être une sexualité alternative, l'homosexualité est plutôt un conflit structurel avec l'hétérosexualité.
En vedette du livre on trouve deux articles, l'un de Vincent Aucante qui fait l'histoire sémantique du mot « couple », montrant que deux homosexuels ne forment pas un « couple » ; l'autre de Michel Rouche qui lui s'occupe de la « parenté », démontrant que, aussi loin que l'on remonte dans l'histoire, les « parents » sont la conjugaison d'un homme et d'une femme, qui reconnaît forcément l'altérité sexuelle. Les articles qui suivent développent différents points culturels. D'abord un article du Père Bernard du Puy-Montbrun (doyen de la faculté de Droit Canon de l'Institut catholique de Toulouse) étudie le mariage chrétien à la lumière du Droit Canon. Le Père du Puy-Montbrun développe les exigences juridiques et sacramentelles du mariage chrétien et expose, à la fin de son article, les diverses formes de défaut de consentement qui peuvent entacher un mariage de nullité. Ensuite, un court exposé de Franklin Rausky étudie la pensée de l'Ecriture, dans laquelle l'homosexualité est considérée comme une abomination. Rausky dénonce aussi la pensée juive moderne, laquelle, sous l'influence de la modernité, de la psychanalyse, de l'histoire des religions, tente de démontrer que l'on pourrait infléchir l'interprétation du texte sacré dans un sens plus homophile. Le texte de Rausky est immédiatement suivi de celui du Père Jean-Baptiste Edart qui, comme il l'a fait dans son dernier livre, Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible, analyse de près les différents passage de l'Ancien et du Nouveau Testament, afin de mieux cerner le sens littéral des diverses péricopes où il semble être question de l'homosexualité. Le tout est ordonné à faire comprendre la pensée de saint Paul, principalement dans les versets célèbres de l'épître aux Romains (1, 18-32). Sami Alane, docteur en droit musulman, montre que, étant donnée la grande liberté avec laquelle l'Islam traite de la sexualité, on pourrait s'attendre à une certaine complaisance envers l'homosexualité. Et pourtant il n'en est rien, l'homosexualité est une sexualité interdite. L'exercice de la sexualité est réservée à l'union de l'homme et de la femme et la filiation se rattache fortement au père, et surtout au père biologique, principal responsable de la génération de l'enfant. L'Islam reconnaît difficilement l'adoption au sens où l'Occident la pratique.
Enfin un texte théologique du Père Alain Mattheeuws, où la personne de l'homosexuel est prise en compte dans sa dignité propre, dans sa fécondité ecclésiale et même dans ses possibilités de sainteté. S'appuyant sur une distinction classique entre tendances et actes, le Père Mattheeuws montrent clairement que, si la personne homosexuelle doit toujours être respectée dans sa propre dignité, on ne doit pas pour autant déstabiliser les institutions (mariage et sacerdoce) pour créer un nouvel ordre juridique et sacramentel, fondé sur des actes qui manifestent un désordre grave et même peuvent être objectivement gravement illicites.
La conclusion de ce livre est donnée par Mgr Anatrella, qui développe avec clarté que si « l'enfant n'est pas un droit », l'enfant a, lui, le « droit » de vivre dans un milieu qui ne soit pas en rupture avec le réel. Or une union homosexuelle qui, de sa nature, méprise l'altérité, forme une composition irréelle et en rupture avec une société normale, laquelle est faite d'hommes et de femmes dont le mariage constitue le milieu normal de l'éducation de l'enfant.
Ce livre est à lire ! Il constitue une mine d'arguments qui permettent de mieux comprendre ce que l'on détruira si, cédant aux pressions des lobby, on arrivait, en France, à autoriser le mariage homosexuel. A lire et à étudier avec urgence afin d'être prêts à affronter les débats sur la révision des lois bioéthiques et sociales.
Voilà un petit livre très intéressant, instructif et d'abord facile. Trois exégètes chrétiens étudient ce que la Bible dit de l'homosexualité et montrent aussi ce qu'elle ne dit pas. L'introduction au livre dit bien que la question n'est pas de savoir si les écrits bibliques sont homophobes ou homophiles, elle est de bien comprendre et de bien interpréter le texte biblique.
Innocent Himbaza étudie les textes relatifs à l'histoire de Sodome et de Gomorrhe et principalement le récit de sa destruction (Gn 19, 1-29) et compare le texte avec l'infamie de Guivéa (Jg 19, 11-25). Il montre que la condamnation du comportement homosexuel est surtout lié au péché de la violation des lois de l'hospitalité. Son étude éclaire aussi fortement les passages du livre de Samuel (I Sm 18, 1-5) où il est question de David et de Jonathan. On lira avec profit cet exégèse qui s'appuie sur une connaissance précise du sens littéral pour démontrer fermement que rien, dans la description de l'ardente affection de ces deux jeunes hommes, ne fait état d'homosexualité et de relations érotiques.
Adrien Schenker, étudie les passages du Lévitique (Lv 18 et 20) où se trouve l'interdiction claire des actes homosexuels. Ces interdits sont tous encadrés dans un ensemble qui vise, avant tout, à maintenir l'intégrité des relations familiales et leur bon ordre. Cependant, les interdits du chapitre 20, 10-21, où sont énumérées des fautes qui se commettent à deux et dans le secret, sont stigmatisés par la possibilité de la peine capitale. Schenker montre l'importance de cette menace. Elle n'indique pas la gravité de la nature de la faute, mais beaucoup plus le poids qu'elles font peser sur la communauté entière qui les ignorant ne peut les « réparer ». La menace du châtiment inciterait à rompre le secret afin qu'une réparation communautaire devienne possible. Ces passages du Lévitique, outre leur intérêt historique, sont importants pour comprendre la pensée de saint Paul.
C'est Jean-Baptiste Edart qui étudie les textes du Nouveau Testament concernant l'homosexualité. Les passages scripturaires concernant l'homosexualité sont rares et se ramènent à trois principaux qui se trouvent dans le corpus paulinien : 1Co 6, 9 ; Rm 1, 18-32 ; I Tim 1, 10. Le Père Edart étudie de très près les mots malakoi et arsenokoitai qui reçoivent, selon les traductions dans les langues modernes, divers sens. Il dégage que le premier (malakoi ) désigne l'homme passif dans la relation sexuel et l'autre mot (arsenokoitai) l'homme actif. Saint Paul parle donc bien de relations homosexuelles, et l'auteur de la lettre à Timothée l'imite. Reste à étudier de près le texte de saint Paul dans l'épître aux Romains. Edart commence par donner le contexte : le texte de ce premier chapitre est de bien montrer que si Dieu a permis que tout homme soit enfermé dans le péché, c'est en vue de faire miséricorde à tous. Tout homme désigne aussi bien les Juifs que les Gentils. Comment faire admettre aux Juifs qu'ils sont eux aussi dans la catégorie des pécheurs ? Avec habilité Paul montrera que ce n'est pas parce qu'ils ont la Loi que les Juifs sont exemptés de péché. Car les Gentils avaient aussi la loi, celle de la création qui leur a permis de connaître Dieu. Le refus de Dieu marqué par l'idolâtrie qui conduit à l'impiété entraîne l'aveuglement sur soi-même, produit la perte de la dignité de son propre corps. Ayant en arrière fond à la fois la Genèse et la tradition du Lévitique, saint Paul illustre sa pensée : le signe, le plus probant, de l'impiété envers Dieu est l'acte d'homosexualité qui peut atteindre aussi bien les hommes que les femmes. Or cela n'est pas le propre des Gentils, il peut se trouver aussi chez les Juifs. S'il en était autrement les interdits du Lévitique n'auraient pas de sens. On lira donc avec profit cette exégèse du texte paulinien et on reconnaîtra avec l'auteur le lien suggestif qu'il fait entre homosexualité et idolâtrie. En terminant son étude, Jean-Baptiste Edart montre jusqu'où peut aller l'idéologie qui cherche une complaisance homophile dans l'Evangile, entre le Centurion et son serviteur et même entre Jésus et Disciple bien-aimé.
Les auteurs de ce livre ne sont pas des moralistes. Ils sont des exégètes. Ce qu'ils ont cherché à montrer c'est ce que la Bible dit, dans les rares passages où elle en parle, des actes homosexuels. Il faut lire les textes sacrés dans leur contexte propre et non dans le contexte d'une pensée moderne. Les auteurs bibliques ne parlent en rien des tendances, et leur écrits ne concernent ni les personnes, ni leur orientation sexuelle. Ils se bornent à parler des actes eux-mêmes. Il faut constamment garder cette perspective en tête lorsqu'on lit ces « Clarifications sur l'homosexualité dans la Bible ».

Encore un livre sur le Père Congar, pourrait-on dire ! Intéressant certes, parce que le sujet est intéressant et que le point de vue des auteurs est sinon original, du moins bien ciblé. Famerée et Routhier s'attachent à suivre l'itinéraire du Père Congar au cours de l'analyse de ses oeuvres. Ils font, ce qu'il disent, son histoire intellectuelle. Ce qu'ils nous présentent de Congar, c'est le dominicain passionné de vérité et d'ouverture au monde moderne. Cette passion on la retrouvera partout : dans son ecclésiologie (Esquisses sur le mystère de l'Eglise, Chrétiens désunis, Vraie et fausse réforme dans l'Eglise, >La Tradition et les traditions) ; dans sa pneumatologie (Je crois en l'Esprit Saint) ; dans sa pensée sur le laïcat (Jalons pour une théologie du laïcat) ; dans ses nombreuses réflexions sur le Concile, (Le Concile au jour le jour, Mon journal du Concile). Quel est le Congar que nous présentent ces deux auteurs ? « Comprendre Congar, c'est entrer dans la posture spirituelle qui est la sienne, une spiritualité qui ne se construit pas dans l'aversion pour la vie ou dans le renoncement à l'existence des hommes et ne se nourrit pas de l'opposition systématique au monde » écrivent-ils (p. 49). C'est avec ce fil conducteur que les auteurs analysent l'oeuvre intellectuelle de ce théologien dont la notoriété n'est plus à prouver. En lisant cette présentation du Père Congar on comprend un peu mieux, combien il a pu à la fois être aimé et suivi, calomnié et détesté. Quand ce jeune dominicain commence à écrire, il ne peut prévoir l'événement du Concile ni le rôle qu'il y jouera. Est-il un visionnaire, ou simplement un homme réaliste ? Qu'il fut l'un ou l'autre, il s'aperçut très vite qu'il allait se heurter à une carapace de certitude et d'immobilisme dont il ne mesurait pas l'épaisseur. Toute sa vie, il souffrira de ces dénonciations hâtives, de ces ostracismes, de ces refus de dialogue, de cette incapacité à comprendre que son amour de l'Eglise n'exigeait pas qu'on répète toujours le même enseignement figé des manuels, mais qu'il fallait secouer la poussière de ses pieds et avancer. On ne dira pas que le Concile lui a donné raison, car le Concile donne raison à l'Esprit Saint qui conduit l'Eglise. Mais on peut dire que Jean Paul II en l'élevant à la dignité cardinalice a voulu remercier un théologien qui n'était pas étranger à la construction de sa pensée personnelle et de son amour de la personne et de l'homme. On ne peut que remercier les auteurs de ce livre qui ont voulu mettre en lumière la structure évolutive de l'oeuvre intellectuelle du Père Congar.
Quatre points sont analysés :


Depuis le dialogue de Jean Paul II avec André Frossard, un nouveau genre littéraire est né. Un journaliste interroge des personnalités qui livrent ainsi leur pensée, avec la spontanéité que favorise le dialogue. L'expression des idées y gagne en souplesse et le style de la conversation permet d'excuser les glissements qu'une argumentation bien construite ne supporterait pas. On se parle avec l'amitié et le respect qu'on doit à toute personne, surtout lorsque l'interlocuteur est un ami et qu'on veut laisser transparaître cette amitié. C'est ce qui ressort de ce livre : les questions du journaliste, Jean-François Mondot, sont, on ne peut plus discrètes et les acteurs du dialogue, on ne peut plus amicaux et bienveillants. Si bien qu'on serait tenté d'en arriver à la conclusion, que le christianisme et le judaïsme sont deux voies parallèles de salut. Écueil que le cardinal Barbarin écarte résolument. Alors pourquoi ce dialogue ? Pour mettre en évidence ce que nous avons en commun ! Certes, il se dégage de ces échanges un bon nombre de valeurs communes et surtout une véritable sagesse pour les exposer et en tirer une praxis intelligente. Le dialogue ne vise pas, non plus, à montrer ce qui nous différencie. Il est encore moins un faire-valoir de la « supériorité » d'une foi sur l'autre. Nous avons heureusement dépassé cet apologétique naïf. Cependant, montrer les sources des différences n'est pas non plus manquer de respect et d'amitié. Qu'est-ce qui différencie la Torah de l'Évangile ? Les deux se donnent irrécusablement comme un enseignement qui vient de Dieu lui-même !
Après la lecture de ce livre, nous ne pouvons plus nous replier sur nos concepts gratuits : le légalisme pharisien, le refus judaïque du messianisme du Christ, l'infidélité du « peuple élu », la substitution d'une alliance par une autre. Pour nous, chrétiens, nous sommes forcés d'entrer dans réelle compréhension d'une véritable foi révélée et d'admettre que le don de la Loi, la Torah, apporte une voie de salut à celui qui est appelé à marcher vers Dieu et à se ternir en présence du Très Haut, face à Dieu ! Mais où est la différence ? Peut-être peut-on la résumer par ces mots du rabbin lui-même : « dans l'idée d'une communion dans le Seigneur, notion chrétienne et non avec le Seigneur, notion juive ». Le juif marche, éclairé par la Torah, vers le Dieu de ses Pères, le chrétien marche, en Jésus dans une Vie qu'il a déjà en lui. Mais le chrétien et le juif marchent vers l'Éternel! Sur des chemins parallèles ? Non, car l'Éternel est unique et unique est la voie vers Lui ? Mais si les voies ne sont pas l'une à côté de l'autre, peut-on espérer que, un jour, sans se confondre, elles entrent en communion ?
En lisant ce livre on comprendra un peu mieux quelle est la foi d'Abraham ce qui ne nous empêchera pas de nous réjouir de ce que Jésus nous a donné et dont saint Paul témoigne.
prix : 19,50€ en vente au secrétariat de l'AFCP
C'est un disciple de Urs Von Baltazar dont il privélégie l'approche théologique et philosophique.
La Divine ressemblance, publiée aux Editions Anne Sieger.
Ce livre du Cardinal Ouellette montre que le vrai modèle de l'amour conjugal qui donne la structure à la famille est dans la l'intimité Trinitaire de Dieu. On goûtera avec joie les belles pages écrites sur le rôle de l'Esprit Saint dans l'amour qui scelle l'engagement des époux.
Quelques notes intéressantes sur le mariage comme vocation
qui viennent compléter avec intensité l'étude du mariage comme vocation.
Ajoutons que selon la tradition de la maison Anne Sieger, le livre est très bien présenté, la mise en page est soignée. Cela en fait une œuvre agréable à lire à offrir.
La Personne humaine, Aline Lizotte, Éditions Parole et Silence, collection Les Presses universitaires de l'IPC. prix, 22 €
L'art de la définition', Aline Lizotte, Éditions Parole et Silence, collection Les Presses universitaires de l'IPC. prix, 22 €
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