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  • puce Un nouveau blog d'Aline : La Leçon de Gédéon De quoi aurions-nous peur ?les « fruits qui permettent de juger l'arbre » se mesurent-ils au succès, à la magnificence des bienfaiteurs, à l'importance que l'on acquiert dans l'Église ? Une réflexion sur la tendance à l'autarcie financière de certains instituts.

  • puce La rubrique « Le livres du mois »:
    - Benoît-Dominque de La Soujeole, o.p., Prêtre du Seigneur dans son Église, éditions Parole et Silence. Un livre essentiellement consacré aux deux sacerdoces : le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel.
    - Yves Semen, La spiritualité conjugale selon Jean-Paul II, Éditions Presses de la Renaissance. Un deuxième ouvrage de l'auteur sur la théologie du corps, vue dans la perspective du sacrement de mariage.
    - Macha Chamkoff, Le divin et le divan, Éditions Salvator. Une étude intéressante sur les déviations psychologiques qui se retrouvent en milieu croyant.

Quelques nouvelles de l'AFCP

  • puce Les deux sessions sont pleines. Celle de juillet totalise 80 personnes. Celle d'août atteint 100 personnes. Merci à tous ceux qui, par leur zèle, ont invité leurs amis, leurs connaissances et ont favorisé cette assistance. Et il vous reste à prier pour que, au travers de notre travail, le Seigneur fasse son œuvre.
  • puce Une nouvelle secrétaire ! Elle s'appelle Madame Isabelle Dartois. Elle commencera son travail le 3 août. Un grand merci à tous ceux qui ont répondu au mail collectif qui demandait votre aide. Nous vous la présenterons dans notre prochaine newsletter.
  • puce Catherine nous quitte ! Elle terminera son travail le 31 juillet. Nous la remercions pour les trois ans qu'elle a passés avec nous et pour le travail qu'elle a fait, nous permettant de mettre sur pied un secrétariat efficace et professionnellement à votre service.
    Bonnes vacances et à l'automne prochain pour d'autres nouvelles !

Nouvelles brèves

  • puce La Légion du Christ

    Velasio de PaolisMonseigneur Velasio De Paolis, C.S. (congrégation des missionnaires de saint Charles), vient d'être nommé par Benoît XVI délégué pontifical pour la Congrégation des Légionnaires du Christ. Cette nomination était très attendue ! En l'annonçant le Père Lombardi, responsable de la Salle de Presse du Vatican, a précisé que Mgr De Paolis prendrait contact le plus rapidement possible avec les directeurs actuels de la Légion, en vue de déterminer la manière de remplir son mandat. Le 1er mai dernier, Benoît XVI avait précisé qu'il nommerait un délégué personnel pour la Légion et une commission chargée d'étudier les Constitutions de cette Congrégation. Deux autres vice-délégués seront bientôt nommés, l'un de langue anglaise et l'autre de langue espagnole, mais le Saint-Père tenait à ce que le délégué principal soit européen et non mexicain ou américain. Quel sera le rôle exact de Mgr De Paolis ? Cela n'a pas été précisé. Le mandat explicitant sa tâche n'a pas été publié car il le concerne personnellement. Il sera communiqué aux personnes intéressées par cette mission. Car c'est au délégué lui-même d'établir quand et sous quelle forme le mandat du Saint-Père sera communiqué, et de rendre publiques les dispositions de la commission qui doit examiner les Constitutions de la Légion.
    Le Père Lombardi a tenu à préciser que la déclaration du 1er mai visait à aider la Légion à entrer dans un chemin de purification et de renouveau. Mgr De Paolis a une large expérience et une compétence éprouvées pour accomplir cette tâche. Canoniste réputé, professeur de Droit Canon à l'Université de la Grégorienne, président de la Préfecture pour les Affaires Économiques du Saint- Siège – ce qui équivaut à ministre des finances –, Mgr De Paolis aura sans doute la lourde tâche de clarifier les sources financières de cette Congrégation, réputée être la plus riche de toutes les Institutions religieuses. Il est de plus Juge au Tribunal de la Signature Apostolique et membre de trois autres dicastères.

    La Légion a précisé que Mgr De Paolis, en tant que représentant personnel du Saint-Père devient, au sein de la Congrégation, le premier supérieur ecclésiastique et l'autorité suprême. Cette nouvelle tâche est pour Mgr De Paolis un cumul de travail car, comme l'a précisé le Père Lombardi, il demeure Président de la Préfecture pour les Affaires Économiques.

    George WeigelGeorge Weigel : L'auteur de Jean Paul II, Témoin de l'Espérance, était un inconditionnel de la Légion. Comme Jean-Paul II lui-même, il a refusé d'accorder foi à ce qui semblait être des calomnies contre un jeune Institut religieux qui, de plus, avait le vent en poupe. Comme pour beaucoup, les « révélations » devenues incontestables et surtout le rapport des visiteurs apostoliques l'ont abasourdi. On a répété qu'il prônait la dissolution de la Légion. En fait, sa pensée est plus subtile et plus sérieuse. Dans son éditorial First Things du 17 mai dernier (www.firstthings.com), il expose ce qui, selon lui, devrait être une radicale purification. Cela tient en 6 points :
    -> Démanteler le « grand récit » de l'histoire de la Légion, à la fois chez les Légionnaires du Christ et dans Regnum Christi. Cette histoire est soigneusement ficelée, nourrie, imprégnée de nobles œuvres finalement réalisées après d'humbles débuts et souvent des persécutions.
    -> Informer les membres de la Congrégation des Légionnaires du Christ et de Regnum Christi que, puisqu'ils se sont engagés dans ces institutions sans connaître la pathologie de leur fondateur, ils sont libres de les quitter sans péché, culpabilité, honte ni remords Remplacer immédiatement – tâche du délégué – les dirigeants aux niveaux international et régional. Nommer des supérieurs provisoires, et surtout mener une enquête approfondie pour déterminer si les membres actuels ont étés sciemment complices des crimes de Maciel.
    -> Par l'intermédiaire de son délégué, le Saint-Siège devrait ordonner à la Légion de suspendre immédiatement tout recrutement de vocations, y compris les retraites et les programmes des postulants. De plus, il faudrait charger les évêques du monde entier de surveiller de près les travaux de la Légion dans l'étude de sa Constitution et de son application, de telle sorte que la formation spirituelle à la vie consacrée soit rigoureusement protégée.
    -> Faciliter, au sein de la Légion du Christ, une réflexion théologique sérieuse sur ce que la déclaration du 1er mai décrit comme le « vrai noyau » du charisme de la Légion, à savoir cette militia Christi. Ce charisme ne peut être raisonnablement attribué à Marcial Maciel, mais il peut avoir émergé de la ferveur et des bonnes œuvres des membres. Il doit être réétudié, fondé sur une théologie de l'Église conforme à Vatican II. En fait ce charisme doit être radicalement délié de son fondateur. Il est une propriété de l'Église elle-même, et non seulement un charisme propre à un groupe, quelle que soit la ferveur de ses adeptes.
    -> Reste-t-il des options sérieuses autres que la suppression ou la réforme ? En fait, oui, probablement une refonte qui exigerait une consultation de TOUS les membres de la Légion, un examen de leur engagement et une adhésion validement signifiée à cette nouvelle Congrégation religieuse.

    Weigel poursuit en précisant que c'est tout le conditionnement socio-psychologique qui, bien plus grave que les comportements pathologiques de Marcial Maciel, a entouré la Légion et en fait une sorte de mystère fascinant, attractif et envoûtant. Il est assez facile de s'appuyer sur la jeunesse pour développer un esprit de corps qui, en raison de conditionnements habilement appliqués, canalise la générosité, soulève l'enthousiasme, mobilise les énergies. Ce corps constitué est souvent nommé milice, phalange, brigade, etc. Actuellement la Légion du Christ refuse de se laisser définir de cette façon ! Mais il y a certainement des éléments à purifier en elle, et ces éléments ne viennent pas de son seul fondateur !

    Sandro Magister, dans sa chronique du 13 mai (http://chiesa.expresso.repubblica.it), écrit:
    D'après les témoignages recueillis par les visiteurs apostoliques, il y avait dans ce groupe des gens qui étaient informés de la double vie du fondateur, de ses abus sexuels commis sur tant de ses séminaristes pendant des décennies, de ses maîtresses, de ses enfants, de son usage de stupéfiants. Et pourtant une forteresse a été construite autour de Maciel pour défendre ses vertus, son culte a été favorisé parmi ses disciples qui ignoraient la vérité, ses talents étaient glorifiés, y compris dans les hautes sphères de l'Église. Cette exaltation de la figure du fondateur a été si efficace qu'aujourd'hui encore elle inspire le sentiment d'appartenance à la Légion de beaucoup de ses prêtres et religieux.

    Pourquoi cette forteresse indéniable ?Démanteler pièce par pièce cette forteresse a été l'objet du livre écrit par Jason Berry et Gerald Renner, Vows of Silence (Free Press, New York, London), bien avant le premier procès à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, bien avant les révélations de la Presse qui ont conduit à la Visite apostolique. Mais ce livre a été accueilli par un profond silence, non seulement dans la Légion, mais encore chez les autorités ecclésiastiques.

    Le journal américain National Catholic Reporter, dans son numéro du 11 mai dernier, publie un dossier accablant sur l'empire de Marcial Maciel Degollado. L'habileté perverse de l'homme devient évidente ! La façon dont il a construit la fortune de la Légion est impressionnante. Le National Catholic Reporter cite le quotidien italien L'Espresso, qui écrit que les actifs de la Légion serait de 25 milliards $ (environ 20 milliards €) avec, selon le Wall Street Journal, un budget annuel de 650 millions $ (514 millions €). Sollicitant les riches veuves mexicaines, les producteurs de films, les anciens dictateurs de l'Amérique latine et surtout les membres laïcs de Regnum Christi, dont l'action incessante et tenace a produit des fonds à leur vénérable Nuestro Padre, Maciel a accumulé une immense fortune. Celle-ci lui était nécessaire pour aider certains cardinaux dans leurs bonnes œuvres et obtenir une protection solide pour la Légion. S'il est vrai que les cardinaux Sodano et Somalo ont profité, sans aucun discernement, des largesses de Maciel, on peut comprendre que ces naïvetés, sans action illégale de leur part, aient ébranlé l'impartialité du Vatican dans le discernement qu'il avait à porter vis-à-vis d'un pareil cas.

    Il est significatif que le délégué nommé par le Saint-Père soit le Président de la Préfecture pour les affaires économiques du Saint-Siège. Car l'enquête sur l'empire financier que constitue la Légion est nécessaire pour apaiser le peuple chrétien face à ce scandale. Il est aussi significatif que Mgr De Paolis soit un canoniste, dont les travaux sur la liberté de la conscience, précisément dans la reconnaissance de la différence entre le for externe et le for interne, soient aussi remarquables.

  • puce Une conférence du cardinal Levada

    cardinal LevadaÀ l'Université Regina Apostolorum (Rome), le Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a exprimé la nécessité de faire revivre l'apologétique. « Si, a-t-il dit, l'apologétique (défense de la foi) a été critiquée et largement abandonnée dans la vague du Concile Vatican II parce qu'on l'a jugée trop défensive et trop agressive, c'est peut-être parce que l'on avait oublié, dans ses procédés, de faire place au respect et à la courtoisie. Mais défendre sa foi et en donner les raisons est une tâche qui incombe à la personne croyante. Il est nécessaire de faire revivre une nouvelle apologétique, qui prenne son fondement scientifique dans le renouveau théologique où la foi et la raison, les motifs de crédibilité et la vérité sont explorés comme les fondements nécessaires de la foi chrétienne et catholique. La foi doit toujours être pensée de façon nouvelle chaque fois qu'elle est sollicitée par des situations nouvelles, de nouvelles générations et de nouvelles cultures. Une nouvelle apologétique est nécessaire surtout quand le chrétien fait face à des personnes devenues les sectateurs d'un nouvel athéisme qui se répand partout dans les écoles, les lycées, les universités. Nouvel athéisme qui caricature la doctrine chrétienne et produit des livres qui deviennent des best-sellers.

    L'intégralité de la conférence du cardinal Levada se trouve sur le site de Origins, bulletin officiel de l'épiscopat américain, 6 mai 2010, vol. 39, n°47. www.originsonline.com

  • puce Signes religieux

    Un éditorial de Pierre de Charentenay dans la revue Etudes de mai, donne une signification aux tentatives de la République pour supprimer le voile intégral. En conclusion de son article, l'auteur écrit :

    Le port de signes religieux a donc une signification sur le fond de sécularisation de nos sociétés. Au lieu de les interpréter comme des enfermements dans la tradition, il faut plutôt entendre ces comportements comme des contestations des sociétés sécularisées à l'extrême. C'est un retour sur la valeur de soi-même, dans une société qui n'offre plus de vedettes et de héros que ceux des paillettes et des spectacles de la télévision. Le vedettariat télévisuel stigmatise la vie ordinaire de ceux qui n'iront jamais sur les plateaux de télé. Où trouver cet approfondissement personnel que chacun recherche, sinon pour certains dans une interrogation religieuse ? Où trouvera-t-on cette reconnaissance, si ce n'est en s'affirmant soi-même dans un rapport à ce qui nous dépasse ?

    Bien entendu les faits sont toujours mêlés d'intentions multiples, et le choix singulier d'une personne ne peut résumer la totalité d'un phénomène. Mais, dans la mesure où il se manifeste dans des sociétés sans religion, le signe religieux dépasse les religions qu'il exprime.

    Que la République en soit troublée n'a rien d'étonnant étant données ses origines. Mais les temps ont changé. La citoyenneté républicaine a perdu son sens pour la majorité des Européens. Dans la mondialisation, qui est notre bain quotidien, le rapport à l'identité n'est plus médiatisé par la nation. Celle-ci a besoin de s'exprimer autrement. Or ni la croissance économique, ni la consommation ne peuvent satisfaire la volonté de se trouver soi-même et de donner sens à son existence. C'est tout naturellement dans les interrogations religieuses que l'individu contemporain, comme celui d'autrefois mais sous une autre forme, va chercher réponse à ses questions.

  • puce L'avenir de l'Europe

    Le Cardinal Walter Kasper, qui vient d'être remplacé à la tête du Conseil Pontifical pour le Dialogue Œcuménique par Mrg Kuch, archevêque de Bâle, a parlé en termes forts de l'avenir de l'Europe lors d'un symposium à Rome sur les Églises Orthodoxes et Catholiques dans l'Europe d'aujourd'hui. Nous assistons, a dit le Cardinal, à l'évidence du vide. L'Occident se caractérise par une post-modernité indifférente et par une mentalité de fuite dans la consommation, alors que l'Orient montre des traces d'un esprit universel de blâme et d'une dévastation spirituelle, résultat de la propagande athée de l'ère communiste. Si l'Europe doit encore avoir un avenir, elle doit, en tout premier et primordialement, retrouver ses racines chrétiennes. Ce renouveau est sa seule chance de succès. Ce n'est pas le Christianisme lui-même qui est en danger, ajouta le Cardinal, c'est, en Europe, son inculturation. Pour retrouver sa force spirituelle et missionnaire, l'Europe a besoin d'une nouvelle unité. Et cette unité, il faut qu'elle la retrouve dans l'unité des chrétiens.

  • puceCardinal Marc Ouellet Le Cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation des Évêques

    Archevêque de Québec et Primat du Canada, le cardinal Marc Ouellet a été nommé mercredi 30 juin par Benoît XVI à la tête de la Congrégation pour les Évêques, une des Congrégations les plus importantes de la Curie romaine. Il y succède au cardinal Giovanni Battista Re. « Balthasar a illuminé mon esprit et mon cœur. » Cette déclaration du Cardinal Marc Ouellet donne la clé de ce sulpicien canadien. Déjà l'un des membres-clé du conclave de 2005, en dépit de sa jeunesse – il a aujourd’hui 66 ans –, ce Québécois aime citer cette pensée du théologien Hans Urs von Balthasar (1) : « Le Christ a envoyé ses témoins dans le monde comme des brebis au milieu des loups. Avant de faire un pacte avec le monde, il est nécessaire de méditer cette comparaison. »

    Le 10 juin dernier, devant 6 000 prêtres du monde entier réunis à Saint-Paul-hors-les-Murs pour la clôture de l’Année sacerdotale, il s’est souvenu : « Ordonné prêtre en Mai 68, je commençai mon ministère dans une ambiance de contestation généralisée qui aurait pu faire dévier ou même interrompre ma course, comme ce fut le cas pour beaucoup à cette époque. L’expérience missionnaire, l’amitié sacerdotale et la proximité des pauvres m’aidèrent à survivre aux turbulences des années postconciliaires. »

    Créé cardinal le 21 octobre 2003 par Jean-Paul II, Marc Ouellet a une vision du monde marquée par un clivage sévère, exprimée ainsi le 10 juin devant les prêtres du monde entier : « Au-delà des purifications nécessaires méritées par nos péchés, il faut reconnaître aussi à l’heure actuelle une opposition ouverte à notre service de la vérité et des assauts du dehors et même de l’intérieur pour diviser l’Église. » http://www.la-croix.com

    Nous félicitons le cardinal Marc Ouellet ; nous nous réjouissons de son nouveau service pour l'Église universelle. Mais nous ne pouvons pas nous empêcher de déplorer avec le Québec la perte de l'archevêque de Québec, tout en essayant de comprendre le sacrifice qui lui est demandé.

  • puce Benoît XVI aimerait le foot

    FootSans trop savoir si c'est par hasard, parce que son secrétaire aurait ouvert la TV ce soir là, Benoît XVI aurait regardé en entier le match du quart de finale du Mondial, entre l'Allemagne et l'Argentine. Serait-il un véritable amateur de foot ? L'université du Chili aurait déterré un texte sur le foot écrit par Mgr Ratzinger alors qu'il était archevêque de Munich. « Chaque 4 ans, écrivait l'archevêque, la Coupe Mondiale du Football devient un évènement fascinant qui attire des millions de personnes. Aucun autre événement de notre Planète n'a un impact aussi vaste. Cela montre que ce sport rassemble certains éléments qui touchent à quelque chose de primordial dans l'humanité, et nous entraîne à rechercher ce qui fonde le pouvoir du jeu. C'est beaucoup plus que le panem et circenses qui, quelquefois, aide certains à échapper à la drogue de la vie quotidienne. Bien que le sport puisse aisément être souillé quand il devient le seul enjeu du monde des affaires, le football peut manifester certaines vertus. Ce jeu aide à acquérir la discipline, la maitrise de soi, il enseigne la compétition loyale et le respect des règles. Parce que ce sport est un sport d'équipe, le football exige des individus d'être une partie de l'équipe. Nous gagnons comme équipe et nous perdons comme équipe. »
    The Tablet, 03/07/2010.

L'AFCP a comme but déclaré dans ses constitutions d'être attentif à tout ce qui touche à la formation de la personne. L'actualité que nous analysons tente de vous informer et d'être une réflexion constructive sur les problèmes qui dans l'actualité touche à la personne.

Chronique

Qu'est-ce qui se cachel sous la burka ?

Normalement une femme ! Mais une femme que l'on définit de quelle façon ? Une femme opprimée qu'il faut libérer pour la faire vivre selon les critères occidentaux de libéralisation de la femme ? Ou une femme qui ne veut pas perdre son identité et qui utilise un tenue « traditionnelle » pour marquer son désaccord avec l'entourage qui la reçoit, quitte à ce que ce vêtement soit une provocation ? Un Islam mystérieux qui fait peur et avec lequel on ne sent pas en sureté !

La Belgique est le premier État européen a interdire complètement le voile intégral dans l'espace publique. La France lui a emboîté le pas. Michèle Alliot-Marie, la Garde des Sceaux, dépose le 6 juillet un projet de loi simple et brève sur « l'interdiction de dissimuler son visage » dans l'espace publique. Dans une entrevue donnée à Libération (06/07/10), la ministre de la justice précise l'intention du gouvernement : « Ce qui est en jeu, ce sont les fondements de la République et du vivre ensemble... Nous affirmons un principe qui est que la République se vit à visage découvert. Ça fait partie du pacte républicain. La République refuse le communautarisme, et se cacher le visage, refuser d'appartenir à la société, c'est le fondement du communautarisme ». C'est donc au nom des « valeurs de la République » et non au nom de la laïcité que le projet de loi est présenté. Le gouvernement a évolué. Rappelons simplement que l'interdiction du voile islamique dans les écoles, notifiée par la loi du 15 mars 2004, s'inscrit sous l'interdiction de signes religieux à l'école : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit » (Loi n°2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics). Michèle Alliot-Marie précise que le principe de la République interdisant de « dissimuler son visage » ne vise pas à interdire l'ostentation de signes religieux dans la rue, mais relève du respect d'un ordre publique sociétal. C'est le même principe qui interdit de se promener nu dans la rue ! La comparaison est intéressante. Alors que tout le monde sait bien ce qui est visé derrière les mots « dissimuler son visage », on ne voit plus très bien ce que pourrait signifier « se promener nu dans la rue » ! A quel degré de nudité l'ordre publique sociétal intervient-il ? Quelle est la délimitation de l'espace publique, où il serait interdit de se promener nu ?

La signification du voile intégral

burkaburka On ne trouve pas, dans le Coran, un verset ordonnant aux femmes de dissimuler leur visage en public, pas plus que l'on ne trouve, dans Le Livre, des injonctions déterminant la condition féminine de la femme musulmane vis-à-vis de l'homme. Au sujet de la femme, on trouve dans le Coran : « Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément au bon usage. Mais les hommes ont le pas sur elles » (Coran 2/228). Ce « pas », le quiwâma (entretien et protection) se réfère à cette différence naturelle entre les sexes, qui donne droit au sexe le plus faible à la protection. Elle n'implique aucune supériorité ou avantage devant la loi11. L'homme se doit de protéger sa femme et de veiller sur son honneur. Or, garder l'honneur de la femme c'est la protéger du regard de désir de l'homme. En conséquence, il faut la garder voilée ! La dévoiler c'est la déshonorer ! En Afghanistan les diverses « invasions » de l'Occident, celle des Britanniques (1842-1872) suivie de l'intervention de l'empire soviétique (1979-1989) puis d'une entrée progressive des USA en 1978 et de l'intensification de la présence militaire après l'attentat de 2001, furent ressenties comme une atteinte de l'Occident contre les valeurs islamiques, et principalement contre l'honneur dû aux femmes. Les initiatives du PDPA (Parti démocratique pakistanais) pour aider l'Afghanistan à scolariser les filles, soulevèrent un profond questionnement sur la possibilité d'un rôle de la femme en-dehors du foyer domestique. L'honneur de la femme la contraint à un unique rôle au sein de la famille et assure ainsi la stabilité des tâches domestiques, dont la principale est de transmettre les valeurs immuables de l'Islam2. Aussi après avoir pris Kaboul d'assaut en 1996, les Talibans rétablirent en 24 heures la Shari'ah : interdiction fut faite aux femmes de travailler, ce qui vida en un tour d'horloge les services civils du quart de leur personnel ; 70 000 jeunes filles cessèrent leurs études et 25 000 veuves de guerre qui travaillaient des les bureaux de l'ONU, et leurs familles dont elles étaient le soutien, et se retrouvèrent au bord de la famine3 Et toute femme qui descendait dans la rue, ne fût-ce que pour faire ses courses, devaient porter le voile intégral islamique afghan : la burka ! L'honneur des femmes était brutalement rétabli !

L'honneur de la femme n'est pas seulement sa soumission à l'homme. La femme doit accepter cette situation et s'y conformer. Elle demeure ainsi dans l'ordre naturel, déterminé dans son immuabilité par Allah ! Car l'Islam, religion universaliste de l'ordre naturel de justice, considère que tout ce qui existe dans la création, y compris les relations entre les hommes, leur histoire, leur passé comme leur avenir, émane, selon un ordre absolu, de la volonté directe du Tout Puissant. « En Islam, les droits et les devoirs, les interdits et les contraintes sont d'essence religieuse »4. Par sa soumission à la Loi, l'homme, se sépare de la contrainte du clan, de la tribu, du groupe ! Il devient une personne ayant sa propre liberté, qui ne doit se soumettre qu'à une Puissance transcendante, à un Dieu juste, clément et miséricordieux ! Il n'est contraint par rien d'autre que par la Loi divine qui règle les détails de l'Ordre de justice de toute société, l'égalité entre les hommes, leurs relations fraternelles, leurs rites de prière. La femme est ainsi égale à l'homme puisqu'elle est soumise au même Ordre de justice que lui. Mais l'homme a une prééminence sur la femme car il a le devoir de protéger son rôle divinement établi par Allah, celui de la famille. « Le Coran et la Tradition prophétique ordonnent de traiter l'épouse avec justice, bonté et bienveillance ; ils introduisent une conception plus morale du mariage et visent enfin à élever la situation de la croyante, en lui accordant un certain nombre de prétentions juridiques. Les droits de la femme qui, selon un dire du Prophète sont « sacrés », comprennent essentiellement : égalité devant la loi, propriété privée personnelle et droit d'héritage »5. Mais ils ne comprennent ni l'abolition de la polygamie, ni le droit égal au divorce, ni le droit à son autonomie en-dehors du cadre familial, déterminé soit par le « père », soit par le « mari ». Tous ces prétendus privilèges juridiques ne sont que des « perversions » de la femme venues de l'Occident, le Satan par excellence et l'ennemi déclaré d'Allah !

Bien que, matériellement, le port du voile, quelles que soient ses expressions et ses traditions, n'ait rien d'islamique — l'Islam rencontra cette coutume dans les villes de Perse et l'adopta, car la femme qui à cette époque montrait son visage avait alors la réputation de mauvaises mœurs6 ─ il n'en illustre pas moins une sorte d'infériorité de la femme. Tant qu'elle demeure « soumise » à l'homme, elle est dans le même rapport d'égalité que lui au regard d'Allah. Elle est dans l'Ordre naturel de justice tel qu'Allah l'a créé et tel qu'il doit être, immuable ! Si elle sort de cette soumission elle devient une femme déshonorée.

On a donc beau se tourner de toutes les façons, éviter de parler du voile pour lui opposer les principes de la République et l'ordre sociétal qui exige de montrer son visage, on ne peut empêcher qu'en s'attaquant, par voie de conséquence, au voile intégral, on s'attaque à un symbole religieux. On s'attaque à un signe par lequel un certain nombre de musulmans et de musulmanes manifestent leur soumission à l'Ordre universel de justice tel que révélé par Allah, et auquel tout homme doit être soumis ! Pour sa part, la République n'a rien à faire de ce principe islamique qui dit que l'ordre social est d'essence religieuse. Pour la République, il n'est que social et quand on vit en société, on montre son visage. Point barre !

Rendre à la femme musulmane sa dignité ?

Notre raisonnement est un peu court lorsque l'on croit naïvement qu'en forçant les femmes musulmanes à se dévoiler on rend leur dignité. Cela a un petit relent révolutionnaire du Siècle des Lumières. On peut méditer sur cette Constitution républicaine de 1791 : « L'Assemblée nationale, voulant établir la Constitution Française sur les principes qu'elle vient de reconnaître et de déclarer, abolit irrévocablement les institutions qui blessaient la liberté et l'égalité des droits. Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires... La loi ne reconnaît plus de vœux religieux, ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la Constitution. » Ce trait de plume, qui abolit la profession religieuse établie depuis des millénaires, a quelque chose d'inouï. Le renversement est complet. Ce qui a constitué, au moins depuis le ive siècle, l'idéal de la vie parfaite sur terre, soit le don de soi à Dieu et ses moyens, les trois principaux vœux marquant traditionnellement l'entrée dans les ordres : pauvreté, chasteté et obéissance, est proscrit comme contraire aux droits des individus et à la politique de la liberté. C'est l'entrée dans la modernité ! Le droit universel des individus, et en l'occurrence le droit des sociétés à la neutralité la plus radicale, prime sur la liberté des personnes de vivre autrement et de reconnaître publiquement une autre soumission que celle qui est due à la République !

Il serait dangereux de faire un rapprochement étroit entre l'interdiction de « dissimuler son visage » et l'interdiction des « vœux de religion », mais on ne peut s'empêcher de penser que ce sont les mêmes principes qui animent les mêmes intentions. On veut fonder la société républicaine sur une neutralité juridique tellement absolue qu'il ne reste plus aucun espace public pour l'expression de la différence et la manifestation du spécifique. Ce principe, que l'on croit appartenir à la modernité, est en train d'être relégué aux greniers des antiquités. Car l'ère de la post-modernité est l'affirmation du spécifique et le délaissement de l'utopie universaliste ! On veut rendre à la femme musulmane son identité en la contraignant à montrer son visage sur les places publiques, comme autrefois on avait cru au nom de la liberté républicaine devoir interdire aux religieux et religieuses leur droit de se donner à Dieu par les vœux sacrés de la profession des conseils évangéliques ! Il est à craindre que les mêmes intentions aboutissent au même échec ! La Constitution de 1791 n'a pas pu éradiquer la vie religieuse, il est fort possible que la loi sur l'obligation de montrer son visage n'éradiquera pas le port du voile ! Mais il pourrait avoir comme conséquence de durcir les rapports entre l'Occident et l'Islam.

Le féminisme islamique

En fait, l'Islam bouge, même s'il semble faire deux pas en avant pour un pas en arrière. Il bouge, mais pas de la même façon dans tous les pays. Il y a autant d'Islam que de régions dans lesquelles il s'installe. Les Talibans de l'Afghanistan, avec leur fondamentalisme et surtout leur despotisme, représentent l'Islam le plus rural, qui ressemble à cette première culture sunnite dans laquelle les paroles du Prophète ont été interprétées. Le wahhabisme, l'Islam des pays du Golfe, surtout celui de la monarchie saoudienne d'Arabie Saoudite, issu d'une alliance, dans le désert du Nadjid en 1745, entre le prédicateur Ibn Abd-al-Wahhab et le chef de guerre Mohamed ibn Saoud, représente la ligne traditionnelle qui revendique la pureté des origines, celle de Mahomet et de ses compagnons (Salaf) : les quatre premiers califes (gardiens de la morale). Cet Islam, longtemps considéré comme hérétique en raison de sa radicalité, s'est progressivement répandu dans le monde entier, comme la plus pure expression de la tradition sunnite.

Benazir BhuttonDifférent de l'Islam arabe, on trouve l'Islam Indonésien, déchiré comme au Yemen par des groupes radicaux, tel le Front des Défenseurs de l'Islam (Front Pembela Islam, FPI), persécuteur de chrétiens. Depuis le début de l'année les violences antichrétiennes se sont multipliées : attaques d'églises et d'institutions chrétiennes ou encore menaces de mort, particulièrement à Bekasi où des affiches sur les murs de certaines mosquées représentent un chrétien la corde au cou, avec ces mots : « Cet homme mérite la mort7. » Dans un pays encore plus plus tendu, le Pakistan, on trouve un Islam qui est allé jusqu'à tolérer qu'une femme soit chef du gouvernement ! Et face à l'Islam pacifique de l'Afrique noire, l'Islam de l'Afrique du Nord, aujourd'hui traversé par des courants salafistes, nourrit un Islam populiste qui méprise les intellectuels et cherche à constituer un sorte de « modernité » spécifique dans laquelle les pauvres acquis des femmes sont quasi passés sous silence pour favoriser un retour aux exigences de l' « ordre naturel » de la domination mâle.

L'islam n'est donc pas unifié, sauf en ce qui concernent les cinq piliers de ses croyances : la foi en un Dieu unique (tawhid), Allah, et la reconnaissance de Mahomet comme étant son prophète ; l'accomplissement de la prière quotidienne, la salat ; la charité envers les nécessiteux, la zakât ; le respect du jeûne lors du mois de ramadan ; le hajj, le pèlerinage à la Mecque au moins une fois dans sa vie, si on en a les moyens matériels et physiques. Il n'est unifié ni dans ses traditions, ni dans ses gouvernements, ni dans sa jurisprudence.

Cependant, derrière ces fragilités incontestables, il y a quelque chose qui tient dur comme le roc : le rôle de la femme dans la société islamique. Ce rôle doit rester ce que le Prophète en a dit. Car ce n'est pas seulement le Coran qui le détermine, ce sont surtout les « Hadith » (les dires du Prophète) tels que la « Tradition » les a recueillis et transmis. Les dires du Prophète inscrivent dans l'Islam une subordination de la femme envers son mari, lui prédisant des peines horribles si elle n'accepte pas cette infériorité naturelle ; ces mêmes dires permettent à l'époux un divorce par simple répudiation et l'autorisent à la polygamie.

C'est contre cette Tradition que le combat des femmes musulmanes commence à apparaître, et peut-être à ébranler l'Islam.

Au nom de la modernité !

De nouveaux intellectuels, au sein même de l'Islam, tel Abdennour Bidar8, considèrent que l'entrée de la modernité dans l'Islam est un fait incontournable. Par modernité, il ne s'agit pas de l'utilisation des techniques modernes, des habitations luxueuses, des recherches scientifiques, universitaires ou techniques. La modernité à laquelle serait confrontée l'Islam, c'est une certaine conformité aux valeurs qui, à partir de Descartes, ont fait la base des structures sociales de nos institutions occidentales. Selon Abdennour Bidar, ces valeurs se résumeraient en un seul principe : « il n'y a rien au-dessus de l'homme, dont la dignité est la seule valeur absolue qui existe dans notre monde9 ». Pour admettre que l'Occident se soit vraiment édifié sur le principe absolu de la dignité de l'homme il faut, bien entendu, passer sous silence tous les accrocs sanglants et douloureux à cette dignité soit-disant absolue. Il faut de plus interroger l'histoire. Le principe de la dignité de l'homme est-il vraiment une valeur de la modernité ? C'est-à-dire une valeur des Lumières ? N'est-ce pas plutôt une valeur chrétienne qui, à certain moment de l'histoire politique, est devenue folle ? Rendre à cette valeur la vérité de ses racines nous confronte directement, non à l'affirmation de la modernité face à au traditionalisme de l'Islam, mais à la confrontation de l'Islam et du Christianisme ! N'est-il pas utopique de penser qu'un Islam monothéiste et théocentrique puisse accepter de changer au point d'admettre que son organisation politique ait une base humaniste et non un fondement théiste ? Abdennour Bidar trouve la solution en disant que l'Islam doit comprendre que le monde moderne, avec ses structures de liberté et d'égalité, est un monde créé par Dieu. Quelle est la pertinence de cette assertion, qui conduirait l'Islam à admettre qu'Allah ait pu créer un monde qui pose, face à sa Toute-Puissance, un autre absolu : l'Homme ? Une société moderne issue du christianisme peut, en raison d'une distinction qui s'est imposée entre l'ordre temporel et politique et l'ordre éternel et religieux, revendiquer un athéisme pratique comme « valeur démocratique ». Le christianisme n'engendre pas l'athéisme, il le tolère au niveau du politique ; ce qui ne l'empêche pas de le déplorer comme un mal objectif. Pour l'Islam cette tolérance est impossible ; elle constituerait une dénaturalisation de sa propre essence. Si la modernisation doit entrer dans l'Islam, ce n'est pas par la voie occidentale de l'athéisme pratique !

Cette impossibilité, un grand nombre de femmes, dans l'Islam, l'ont bien comprise. Aussi leur lutte ne se situe pas au niveau du combat des intellectuels ni au niveau d'une contestation des principes religieux. Être une femme libre, dans l'Islam, ce n'est pas renier le Coran comme l'unique livre de la Vie. La liberté de la femme se réalisera au fur et à mesure où sa place à l'intérieur de la structure familiale changera. Et elle changera quand on admettra que l'égalité des droits que proclame le Coran entraîne, comme conséquence, de bannir politiquement la polygamie, de récuser le privilège de l'époux à un « divorce » unilatéralement prononcé, de ne plus fermer les yeux devant les femmes battues, abusées, traitées comme des esclaves et même en certains cas encore vendues. Ces « féministes de l'Islam » s'acharnent à faire comprendre que la situation historique de la femme, dans sa sujétion à l'homme, dans son infériorité sociale et politique qui lui interdit, non de travailler hors du foyer, ni même d'avoir une activité économique, mais d'avoir une voix au niveau politique, n'est pas un vérité de la Révélation, ni même une donnée de la Tradition. C'est uniquement le reflet d'une culture qui, à l'époque des Hadith du Prophète, admettait de façon universelle — même dans la culture chrétienne — l'infériorité sexuelle de la femme. Le Docteur Amina Wadud, professeur d'études islamiques dans une université américaine et fort réputée pour ses recherches sur la situation familiale et politique de la femme au sein de l'Islam, répète dans son dernier livre : Inside the Gender Jihad10, que l'injustice généralement constatée dans l'Islam envers la femme n'est ni le fait du Coran, ni le fait du Haddith, ni le fait de la shari'ah (la loi islamique), ni même celui du droit (fiqh) qui construit les codes juridiques uniquement sur les actes extérieurs. Elle est le fait de cette théorie de base qui maintient que les structures patriarcales ont comme fondement l'identité masculine et que tous les systèmes, politiques, économiques et sociaux doivent assurer cette identité essentiellement religieuse.

En rapport avec les idées admises au sujet des femmes et de la justice qui leur est due, on doit en tout premier déterminer quelles sont les sources fondamentales de ces idées. Ensuite, il faut voir comment ces idées se confrontent aux situations existentielles. Qu'est-ce qui rend une conception généralement admise, oppressive et une autre libérale ? Quelles sont les conséquences négatives de certaines idées que l'on a rejetées ou effectivement transformées ? Qu'est-ce qui permet à une vision globale d'être appropriée au développement d'une identité positive et à une autre d'être inappropriée ? Après tout, une conception patriarcale de la femme n'a pas comme base l'intention d'opprimer la femme. Elle part de cette idée saine d'établir et de maintenir les valeurs sociales, religieuses, politiques et les systèmes économiques à l'intérieure d'une structure qui favorise l'affirmation de l'identité masculine11.

Existentiellement, cette structure patriarcale contenait une injustice objective pour la femme. Réinterpréter dans une vision moderne les grands principes religieux de l'Islam, ce n'est pas les éliminer ni les neutraliser, c'est les comprendre de telle manière qu'on leur donne leur pleine valeur dans la situation actuelle de l'existence politique. On corrigera ainsi la situation objectivement injuste pour la femme, situation qui vient non du Coran mais de la première expression patriarcale de ses lois. Paradoxalement, le discours d'Amina Wadud sur le voile islamique diffère de celui de l'Occident. Elle l'a porté personnellement pendant plus de trente ans, tout en considérant que cette concession à une pratique conservatrice était inconséquente par rapport au combat qu'elle menait. Mais elle admet aussi que le port du voile est un élément sérieux dans la « jihad des genres ». Elle l'a porté comme un élément de self identity, comme une sauvegarde de ses propres valeurs. Ce qui signifie que le combat de la femme musulmane est mené par ces femmes qui, en grande majorité refusent d'être assimilées aux féministes occidentales !

Quelle est la réalité ?

En cinquante ans, sauf dans les pays du Golfe, principalement en Arabie Saoudite et au Yémen, la condition féminine a profondément évolué dans les pays de l'Islam. Dans beaucoup de pays, les femmes sont devenues visibles dans la rue, elles ont envahi les écoles. En Tunisie les filles sont scolarisées presqu'à 100%. En Algérie, en Irak, en Égypte, leur pourcentage a progressivement augmenté à tous les niveaux de scolarité. Diplômées, les femmes sortent de leur maison pour travailler. Elles sont enseignantes, infirmières, médecins, employées des fonctions publiques, ouvrières. Dans certains pays elles forment la majorité des effectifs de l'enseignement et des professions de la santé. Elles deviennent ainsi indispensable à la bonne marche de secteurs vitaux dans l'activité de leur pays. Mais la situation d'injustice dénoncée, entre autres, par Amina Wadud a-t-elle vraiment profondément changé ? Si dans tous les pays de l'Afrique du Nord 98% des personnes sondées12 disent que les garçons et les filles ont le même droit à l'éducation, 95% admettent que la femme à le droit de choisir son époux, 91% des sondés au Liban s'opposent à la polygamie et ce pourcentage tombe à 62% au Maroc. Dans la même année, un sondage fait par The Economist au Maroc révèle que 57% des jeunes de quinze à vingt-neuf ans se déclarent favorables au port du voile islamique (hijah) et un homme sur deux préfère que sa femme soit voilée ! Même en Arabie Saoudite, la femme peut devenir chef d'entreprise ; mais dans son rapport à l'homme au sein de la famille, elle est encore dans une situation d'infériorité. Son rôle de soutien des structures qui exhaussent l'identité masculine est toujours tenu pour essentielle à l'Islam. Et de fait, aucun pays de l'Islam n'a vraiment légalement aboli la polygamie !

Dans la seconde moitié du XXe siècle le plus grand nombre des pays de l'Islam a opéré un virage technologique foudroyant. Les villes des Émirats, les capitales du Maghreb ont érigé de luxueux pôles d'industrialisation. Les hôtels l'emportent sur ceux des vieilles capitales de l'Europe et des USA en matière de confort et de lustre moderne. L'urbanisation a fait reculer et absorbé le rural. Mais la situation de la jeunesse montante tourne souvent au désastre ! Les jeunes musulmans ont les même difficultés que les jeunes occidentaux pour s'insérer dans une société qui a perdu son identité. Ils ont eux-même perdu la leur, et leur seul recours est de puiser aux sources inépuisables du religieux ! Cette génération montante cherche un Islam pur, débarrassé des impiétés de l'Occident. Un Islam non pas rajeuni, mais marmoréen, inscrit dans l'intemporalité ! C'est un Islam des rites et des signes ! Et l'un des plus sacrés et la place traditionnelle de la femme dans la société. « Identité – religion – femme voilée, c'est le triptyque proposé par la mouvance islamique », écrit Sophie Bessis, agrégée d'histoire, spécialiste des rapports Nord-Sud et de la question des femmes au Maghreb. Elle ajoute :

Aujourd'hui, le triptyque revient en force. Ne pas y souscrire, c'est être plus ou moins athée, vulgairement matérialiste, suppôt d'un Occident redevenu l'ennemi héréditaire, représentant de ces classes supérieures qui ont abandonné leurs peuples en faisant allégeance à des pouvoirs haïs. Une des plus graves insultes lancées en Algérie contre les intellectuels se réclamant des mouvances laïques est de les accuser d'appartenir au Hezb França, le parti de la France, et de les désigner ainsi comme des traîtres. Car, plus qu'un fondamentalisme pur et dur, c'est une sorte d'islamo-nationalo-populisme qui est devenu l'idéologie dominante de la région13.

Que se cache-t-il donc sous la burka ?

Notre République n'admet pas, dans son espace publique, de signes ostensiblement religieux. L'Islam est fondé sur l'ostentation visible de son essence propre : la volonté ordinatrice d'Allah ! Nous sommes confrontés au choc de deux universalismes aussi monolithiques l'un que l'autre. Nous respirerions plus à l'aise si l'Islam devenait athée ! Et quand demanderons-nous à notre espace publique de devenir ostensiblement athée ? Pas de minarets, pas de cloches ! Pas de voile islamique, pas de signes d'un vêtement clérical ou d'un habit religieux !

A force de raisonner dans cette vision monolithique nous finissons par perdre notre propre identité, alors que l'Islam cherche farouchement à conserver la sienne ! Vivre dans l'espace publique à visage découvert, est-ce simplement une valeur républicaine ou encore une fois une valeur chrétienne ? Que nous dit saint Paul : « Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est Esprit » (2 Co, 3, 18). Nous avons appris que l'homme comme la femme reflètent dans tout leur corps la gloire du Seigneur et que cette gloire et cette espérance doivent se voir sur les visages ! C'est le fondement profond de la liberté chrétienne de la femme ! Cette liberté n'est pas l'ostensible perte de son intimité, l'étalement de sa chair et la quasi nudité de son corps, nudité tolérée dans des limites de plus en plus larges ! Elle est dans sa liberté de témoigner, par un visage découvert, de sa vraie dignité, de sa beauté spirituelle, de la grâce du salut qui se manifeste par elle, d'une façon privilégiée, à toute l'humanité.

Nous ne savons plus où nous allons, nous marchons comme des errants, nous n'avons même plus le respect de nos vraies valeurs. Comment pouvons-nous dialoguer de façon censée avec un Islam qui se durcit en cherchant à conserver son identité, alors que nous avons perdu l'espérance de la nôtre ? Ce qui se cache sous ces interdictions pitoyables, c'est notre propre désespérance. Aurions-nous à ce point perdu la boussole ?

Notes
1 J. Badoui, Le satut de la femme en Islam, 2e édition, Iqra.
2 Cf Perter Marsden, Afganistant, Aid, Armies & Empires, I;B. Tauris, (Introduction).
3 Cf Ahmed Rashid, Taliban, Yale University Pressn New Haven and London, 2000.
4 Marcel A. Boisard, L'humanisme de l'Islam, Albin Michel, 1979.
5 Ibid, p.105.
6 Ibid, p;109.
7 Zenit du 08/07/2010.
8 Cf Un Islam pour notre temps, Seuil, septembre 2004.
9 Ibid, p.44.
10 Amina Wadud, Inside the Gender Jihad.
11 Ibid, p. 89 (To propose ideas about women and justice one must first determine the basic sources of that idea. Furthermore, how does that idea compare to existing views? What makes one worldview oppressive and another liberating? How are negative consequences of certain ideas avoided or effectively transformed? What makes a particular worldview appropriate to positive identity development without disrespecting others? After all, patriarchy did not start as an idea to oppress women. It started as a healthy idea to help establish and maintain social, religious, political, and economic systems within the framework of men's identity affirmation.)
12 Un sondage réalisé, par Le Programme des Nations Unies pour le développement, (PNUD), en 2006.
13 Sophie Bessis, Les Arabes, les femmes et la liberté, Albin Michel, 2007, pp. 94-95.

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